4 septembre 2007

Rénovation et qualité environnementale : une dynamique à trouver

Actualités Développement durable Réglementations techniques

Annoncée comme l’un des grands chantiers de demain, l’amélioration de la qualité environnementale du parc existant fait déjà l’objet de nombreuses mesures : incitations financières, diagnostic de performance énergétique, nouvelle réglementation thermique, certifications NF… Pour créer une véritable dynamique de la rénovation, de nouvelles pistes restent cependant à explorer.


Face aux enjeux environnementaux actuels, faire rimer développement durable et bâtiments existants constitue un véritable défi lancé à tous les acteurs de la construction. Depuis quelques années, la prise de conscience s’amplifie, au point que l’amélioration de la qualité environnementale du parc existant est devenue une composante essentielle des débats sur l’environnement et a d’ailleurs été à l’ordre du jour du Grenelle de l’Environnement. Les progrès se font également sentir sur le terrain.

Ainsi, sur les 100 opérations certifiées NF Bâtiments tertiaires-Démarche HQE à ce jour, un tiers environ concerne des bâtiments anciens ayant fait l’objet de réhabilitation lourde. Une évolution qui touche également les opérations non certifiées, que l’on estime nettement plus nombreuses, et qui doit beaucoup aux dispositifs incitatifs mis en place : prêts préférentiels, déductions fiscales, crédits d’impôt, aides de l’Ademe et de l’Anah, subventions pour le recours aux énergies renouvelables…, auxquels il faut également ajouter les nouveaux tarifs de rachat par EDF de l’électricité d’origine renouvelable, pour les installations raccordées au secteur public (82 €/MWh pour l’électricité éolienne, 30 centimes €/kWh pour l’électricité photovoltaïque + 25 centimes €/kWh de prime d’intégration au bâti). Parmi les maîtres d’ouvrage, les collectivités territoriales semblent les plus avancées sur le chemin de l’amélioration de leur patrimoine. Au sein des grandes entreprises publiques et privées, on commence toutefois à se pencher sur la question et à identifier les gisements d’économie potentielle. Au niveau des particuliers, la situation est plus contrastée.

Un objectif de 400 000 logements par an à rénover

Malgré des débuts encourageants, le rythme actuel des travaux est toutefois encore nettement insuffisant par rapport aux objectifs du Facteur 4, qui implique de diminuer de 3 % en moyenne la consommation énergétique du parc existant tous les ans, ce qui reviendrait à rénover en moyenne environ 400 000 logements par an… Il persiste en effet un certain nombre de blocages qui pour l’heure empêchent une véritable dynamique de se mettre en place. Le premier est avant tout d’ordre économique. La rentabilité d’une action de rénovation à caractère environnemental est souvent loin d’être évidente aux yeux de décideurs peu habitués à avoir une approche en coût global, prenant en compte non seulement l’investissement initial mais également les coûts d’exploitation et de fin de vie de l’ouvrage.

Dans bien des cas, le budget doit par ailleurs financer, l’ensemble des mises aux normes imposées par la réglementation, en termes notamment de sécurité des usagers et d’accessibilité des personnes handicapées. Lorsque les mises en conformité n’ont pas été réalisées au fur et à mesure, celles-ci peuvent représenter jusqu’à 90 % de l’enveloppe budgétaire, si bien que les différentes aides et incitations financières mises en place par les pouvoirs publics se révèlent bien souvent insuffisantes pour franchir le pas.

Un autre point de blocage tient au caractère extrêmement diffus de l’existant et à la multiplicité des décideurs qui, à la différence de la construction neuve, ne sont pas dans leur grande majorité des professionnels de l’acte de bâtir.

Une grande partie du parc existant est en effet constituée de maisons individuelles et d’habitats collectifs privés, affichant les performances les plus médiocres, et c’est bien sur ce secteur que les efforts de rénovation doivent être les plus importants. Dans un souci de bonne gestion, il est à noter que les logements sociaux et les bâtiments tertiaires font pour leur part l’objet de fréquents travaux d’entretien et d’amélioration.

Une nécessaire hiérarchisation des choix

Dans le domaine de la rénovation, il manque en outre un véritable accompagnement des décideurs par une ingéniérie spécialisée. Les interventions sont de fait abordées par corps d’état séparés sans qu’il y ait de recoupement cohérent, ni de vue globale. Une telle approche conduit hélas bien souvent au tarissement des économies potentielles. Face à un bâtiment obsolète et énergivore, une erreur fréquente consiste par exemple à rénover prioritairement les installations techniques (éclairage, chauffage…) avant de renforcer l’isolation thermique de l’enveloppe. De fait, le temps de retour sur investissement est en général plus faible dans le cas du remplacement d’une chaudière que pour la réduction des déperditions thermiques de l’enveloppe. Ceci étant, lorsque l’on décide dans un deuxième temps de s’attaquer à l’enveloppe, l’investissement s’avère moins rentable. Les consommations ayant baissé grâce à la mise en place d’équipements performants, le temps de retour a augmenté… et dans bien des cas, le projet d’isolation est abandonné.

Le dernier frein à signaler est d’ordre technique : les opérations de rénovation doivent la plupart du temps être réalisées en site occupé, générant des problèmes de logistique qui peuvent s’avérer difficiles à gérer voire dissuasifs (opérations tiroirs, déplacement et relogement provisoire, location de surface pour les travaux ou densification temporaire…).

Les bâtiments existants bientôt encadrés par une réglementation thermique

Pour lever ces différentes difficultés, plusieurs mécanismes ont déjà été développés. Il s’agit notamment d’outils financiers, évoqués plus haut, et de nouvelles mesures réglementaires, telles le Diagnostic de Performance Energétique (DPE) rendu obligatoire en cas de vente ou de location de logements, et devant être affiché à partir du 2 janvier 2008 dans la plupart des bâtiments publics.

Comblant une lacune importante, la première réglementation thermique sur l’existant devrait prochainement entrer en vigueur en France. Aboutissement de la Directive européenne du 16 décembre 2002 sur la performance énergétique des bâtiments, le décret du 21 mars 2007 prévoit le respect de performances minimales lors du remplacement de parties d’ouvrages ou d’équipements (parois opaques, parois vitrées, chauffage, ECS, refroidissement, ventilation, éclairage, énergies renouvelables). Pour les réhabilitations les plus lourdes portant sur des bâtiments de plus de 1000 m², il ajoute également une obligation de performance énergétique globale ainsi que des études préalables portant sur des solutions durables.

En 2005, la certification « Patrimoine Habitat & Environnement » a été mise en place par l’organisme Cerqual pour valider les projets de réhabilitation engagés par les maîtres d’ouvrage sur les bâtiments résidentiels collectifs ou les maisons individuelles de plus de dix ans. On notera d’autre part l’élaboration en cours par le CertiVéA d’un référentiel HQE destiné aux opérations de rénovation des bâtiments tertiaires, qui devrait ainsi compléter les premiers outils HQE développés pour le neuf et la réhabilitation lourde. Une version expérimentale est attendue pour le premier semestre 2008.

Ensemblier de la rénovation : un métier à inventer

Si ces mesures sont justifiées et représentent une première étape sur le chemin d’une rénovation massive de l’existant, de l’avis de nombreux professionnels, elles doivent conduire à la mise en place de dispositifs encore plus ambitieux.

Parmi ceux-ci, est souvent avancée l’obligation d’un diagnostic global de l’existant, portant non seulement sur les aspects énergétiques mais aussi sur les économies d’eau, la qualité de l’air, la santé… Etant entendu que chaque bâtiment existant est unique, et qu’il n’existe pas de recette type à appliquer, le diagnostic permettrait de dresser un état des lieux, d’identifier les gisements d’économies, de définir les cibles prioritaires et les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. Nombreux s’accordent également pour dire qu’il faut inventer un nouveau métier : « l’ensemblier de la rénovation », capable de réaliser un diagnostic et de proposer des solutions techniques adéquates.

Autres pistes évoquées, la création d’une certification basse consommation du bâti existant, l’invention de nouveaux mécanismes financiers incitatifs (leasing…) ou encore l’augmentation du prix du kWh électrique pour les grands utilisateurs, qui bénéficient pour l’heure d’un coût inférieur à la moyenne européenne…une mesure qui ferait grincer des dents mais devrait inciter ces derniers à plus d’économies et à une optimisation de leur patrimoine.


Thèmes : Développement durable | Réglementations techniques

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