2 juin 2008

L’architecte et les aménagements paysagers

Actualités Aménagements urbains

Aujourd’hui, l’architecte intervient très rarement dans la composition des espaces verts. Il préfère souvent confier cette tâche aux architectes paysagistes, par crainte de se retrouver confronté à des problèmes sortant de son domaine de compétences. Voici quelques pistes qui prouvent pourtant qu’un architecte averti peut très bien se charger lui-même des aménagements paysagers.


État des lieux

L’architecte est le maître d’œuvre lors d’une construction. Ainsi, il est le mieux placé pour devenir également le maître d’œuvre des aménagements paysagers qui accompagneront les constructions. Il représente le maillon essentiel de la chaîne de compétences lors de la réalisation de l’ouvrage. Maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre, entreprises, fournisseurs, gestionnaires et parfois citoyens : tous se reposent sur lui. Car c’est à lui que revient la responsabilité de réaliser les documents graphiques, et de constituer les documents administratifs et techniques comme le CCTP, figurant dans le Dossier de consultation des entreprises (DCE), puis d’en contrôler la qualité, lors de la mise en œuvre.

La part de l’aménagement paysager occupe encore une place relativement faible dans les projets de construction, puisqu’elle représente seulement 2 à 10 % du budget des opérations. « Ce maigre pourcentage ne doit pas dissimuler le rôle crucial que jouent les aménagements paysagers dans les constructions », souligne Claude Guinaudeau. Selon cet expert des techniques du paysage et de l’environnement, les aménagements paysagers sont tout aussi importants en termes d’image que l’architecture elle-même. Dans les projets d’envergure, les maîtres d’ouvrage recrutent d’ailleurs des équipes pluridisciplinaires composées d’architectes paysagistes et de bureaux d’études techniques du paysage et de l’environnement.

Il arrive pourtant que l’architecte soit le seul maître d’œuve responsable de l’aménagement paysager lié à une construction. « Dans ce cas, il doit veiller à compenser sa compétence ou son expertise, souvent insuffisante dans ce domaine, par une démarche d’assurance qualité lui permettant d’obtenir toutes les informations nécessaires, grâce à la consultation de spécialistes ou à l’étude de la documentation technique », conseille Claude Guinaudeau.

Maîtriser les spécificités de l’aménagement paysager

Les aménagements paysagers se distinguent des constructions par trois caractéristiques intrinsèques, que l’architecte doit s’efforcer de ne jamais perdre de vue.

Les matériaux entrant dans la structure d’un aménagement paysager sont vivants

« Si cela tombe sous le sens à propos des plantes, on oublie trop souvent que les sols constituent eux aussi des denrées périssables », insiste Claude Guinaudeau. Il convient donc de prendre de nombreuses précautions tout au long du processus de fabrication, depuis les terrassements généraux jusqu’à l’ultime étape des plantations. Les règles à respecter dans ce domaine figurent dans le fascicule 35 du Cahier des clauses techniques générales (CCTG) « des aménagements paysagers, aires de sports et de loisirs de plein air ». Ce fascicule concerne les marchés publics, mais il est recommandé de l’appliquer également aux marchés privés, s’il en est fait mention dans les pièces écrites du DCE.

Contrairement aux constructions, les aménagements paysagers ne possèdent pas de garantie décennale

Ils sont seulement couverts pour une période de un à quatre ans, après le constat d’achèvement des travaux de plantation. Pendant cette durée, l’entreprise reste entièrement responsable de l’ouvrage et doit effectuer les travaux de parachèvement ou de confortation, nécessaires à son maintien en bon état. Il peut s’agir de la fertilisation, de l’arrosage, de la taille ou encore de l’emploi de produits phytosanitaires. Après avoir levé les réserves éventuelles, lorsque l’entreprise livre définitivement l’aménagement paysager, elle en transmet l’entière responsabilité au maître d’ouvrage. « Attention, ce dernier peut décider de confier la gestion et l’entretien de l’aménagement paysager à l’entreprise, mais cet accord doit faire l’objet d’un nouveau marché. Il doit alors être imputé au budget de fonctionnement et non pas intégré au budget d’investissement, comme pour la création », prévient Claude Guinaudeau. Ce fonctionnement oblige le maître d’ouvrage à faire preuve d’une grande rigueur lors de la réception des espaces verts. Quand des désordres sont constatés a posteriori, ils peuvent en effet être imputés à la maîtrise d’œuvre et à l’entreprise, uniquement s’il y a preuve de vices cachés.

L’aménagement n’est qu’une ébauche de paysage

Si un bâtiment a son aspect définitif dès sa livraison, il ne faut pas oublier que « l’objectif paysager », prévu par le concepteur, n’est atteint que lorsque les végétaux parviennent à leur développement adulte. Cela peut prendre trente à cinquante ans pour les arbres. Car comme pour tout élément vivant, les végétaux connaissent plusieurs phases de développement, de la naissance à la mort. À la période juvénile succèdent l’âge adulte, puis la maturité. Le maintien de la qualité et la pérennité de l’aménagement paysager dépendent uniquement de sa gestion. « Le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre doivent tenir compte de ce paramètre important afin de créer un patrimoine gérable en fonction des compétences et des capacités du service technique gestionnaire », met en garde Claude Guinaudeau. Il est donc fortement conseillé de faire participer le futur gestionnaire à la programmation, à la conception et au suivi de la réalisation du projet d’aménagement paysager.

Comment réussir les plantations ?

Les végétaux ligneux, arbres et arbustes constituent les éléments structurants et durables du paysage. Il faut les choisir avec pertinence et toujours respecter les règles de l’art lors de la mise en œuvre.

Bien choisir la palette végétale

Il convient d’adapter la palette végétale à la zone climatique et à l’exposition des espaces verts, mais aussi au sol et à l’espace disponible sur le site de plantation.

L’adaptation au sol et au climat porte le nom d’autécologie. Elle fait référence à la carte des zones bioclimatiques de la France, établie par l’École nationale supérieure du paysage de Versailles (ENSPV). Elle se base également sur les listes d’arbres, classés par catégories de sol, selon une méthode mise au point par l’Institut pour le développement forestier (IDF), basée sur l’observation in situ.

L’espace disponible est lié au développement adulte des arbres, classés selon quatre grandeurs : ceux qui dépassent 25 mètres, ceux dont la taille est comprise entre 15 et 20 mètres, entre 10 et 15 mètres et, enfin, entre 7 et 10 mètres. Dans chacune de ces catégories, c’est le diamètre qui détermine l’encombrement. Il varie selon la forme de l’arbre qui peut être étalée ou colonnaire. Le chêne espèce peut ainsi atteindre 2 à 15 mètres de diamètre, alors que sa variété fastigiée ne dépasse pas 4 à 5 mètres.

À proximité du bâti, mieux vaut respecter une distance de 5 mètres des façades et un intervalle de 8 à 10 mètres dans les alignements. Sinon vous risquez de vous exposer aux protestations des riverains et de devoir procéder à des tailles coûteuses et traumatisantes pour les végétaux.

Maîtriser la qualité des sols

Les sols qui supportent les plantations sont des matériaux à la fois rares, chers, hétérogènes et périssables, imposant de suivre une démarche de qualité. Ils représentent des milieux vivants, dans lesquels les racines doivent pouvoir respirer, boire et manger.

Le sol doit être correctement identifié au moment de la conception. Le but : choisir une palette végétale adaptée ou prévoir les améliorations nécessaires afin que la palette choisie pour des raisons esthétiques puisse néanmoins s’adapter au sol. On distingue trois catégories de sols. Les sols naturels, existant sur le site, sont assez rares et peuvent être laissés en place ou remaniés. Les sols reconstitués ont été remodelés à partir de terres végétales, provenant du décapage de terrain agricole. Les sols artificiels sont obtenus par un mélange de granulats (sable), de terre végétale, de compost, et d’engrais, comme les mélanges terre-pierre.

Une analyse agronomique du sol vise à déterminer les amendements et les engrais à apporter pour obtenir un niveau de fertilité satisfaisant. Il existe en effet trois niveaux de fertilité : physique, biologique et chimique. Pour la fertilité physique, c’est la granulométrie (argile, limon, sable) qui détermine la capacité de circulation de l’air et de l’eau, la porosité nécessaire pour que les racines puissent respirer et boire. On parle de fertilité biologique quand la matière organique du sol permet d’alimenter la plante mais aussi d’améliorer sa fertilité physique. La fertilité chimique désigne les éléments minéraux (azote, phosphores, potasses et oligo-éléments) apportés par les engrais pour nourrir la plante en cas de carence.

Attention, en milieux hostiles, dans les zones compactées et imperméabilisées comme les parkings, les places et les trottoirs, les sols classiques perdent leur fertilité. Recourir aux mélanges terre-pierre constitue une solution efficace pour améliorer la cohabitation entre le minéral et le végétal. Leur volume se compose en effet d’un tiers de terre végétale amendée et de deux tiers de granulat (30/60, 40/80 ou 50/100).

Surveiller l’approvisionnement en végétaux de pépinière

Soyez vigilant, la procédure normale d’approvisionnement veut que ce soit l’entreprise titulaire du marché qui fournisse les végétaux. En règle générale, le maître d’ouvrage n’a donc pas à acheter lui-même les végétaux chez le pépiniériste. Cette procédure se justifie uniquement si l’on présuppose que l’entreprise aura des difficultés d’approvisionnement lors de l’attribution du marché, ce qui peut arriver compte tenu de la rareté des produits demandés et de leur spécificité, notamment quand ils doivent être créés sur mesure.

Dans ce cas, la production de plants en pépinières se révélant par nature très hétérogène, il convient d’adopter une démarche permettant de choisir les meilleurs produits chez les meilleurs producteurs. Il vous faut d’abord effectuer, auprès du pépiniériste, une commande de mise en culture réservée trois ans à l’avance, dans le cadre du contrat de culture. N’hésitez pas à demander aux entreprises qu’elles vous indiquent le lieu de culture des plants afin de pouvoir en vérifier la qualité, si nécessaire. Décrivez précisément les produits demandés dans le CCTP. Puis, lors du contrat de réservation, pensez à marquer en pépinière les produits qui seront fournis et n’oubliez pas de vérifier leur conformité lors de la livraison. Ultime précision : les achats en pépinières ne peuvent être envisagés qu’une fois le projet d’aménagement finalisé et validé.


Thèmes : Aménagements urbains

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